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Mourad Merzouki - Danseur et chorégraphe

Photo de Mourad Merzouki - Crédit photo : Gilles Aguilar

J'avais lu que Mourad Merzouki était "un ensorceleur"; c'est vrai. Retracer son parcours professionnel pour préparer cette interview m'a permis de découvrir quelqu'un de réellement passionné par son métier de danseur-chorégraphe et porté par un rêve qui est celui de permettre à la danse hip-hop de bénéficier de la reconnaissance qu'elle mérite. Sur ce point, il ne ménage pas ses efforts en osant imaginer des projets qui poussent sans cesse la danse hip-hop dans ses retranchements. L'enthousiasme qu'il y met est galvanisant et nous donne envie de l'accompagner sur cette voie.

Mourad Merzouki, enfant du cirque et des rings de boxe, s'est découvert une passion pour la danse, et notamment pour le hip-hop, à l'âge de quinze ans.

Dès ses débuts, il se fait très vite remarquer par l'originalité de ses chorégraphies dans lesquelles il n'hésite pas à mélanger le langage hip-hop à celui d'autres formes chorégraphiques. Ceci l'amène à travailler sur nombre de projets au niveau international. En 1996, il crée sa propre compagnie Käfig.

En récompense de son travail, Mourad Merzouki reçoit de nombreux prix et distinctions tels que le Trophée Créateurs sans frontières en 2008 et celui de Chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'honneur en 2012.

 

Entretien

DaP.fr : Comment donnez-vous naissance à une pièce chorégraphique ?

Cela se fait en fonction des rencontres que je vais faire. Le spectacle naît d'une rencontre : que ce soit celle d'un danseur, musicien, artiste. En partant de cette rencontre, je vais essayer de trouver des pistes de travail pour que je puisse en faire un spectacle.

DaP.fr : En regardant les différents documentaires réalisés sur votre travail, j'ai cru comprendre que vous aimiez d'abord travailler sur la scénographie ?

Oui, tout à fait. Avant d'être danseur, j'étais dans une école de cirque où nous apprenions à travailler l'espace à partir d'accessoires. Et les fois où je me suis retrouvé sur un plateau nu, j'ai quelque peu été déstabilisé.

DaP.fr : Cette manière de travailler diffère beaucoup de celle que vous aviez en dansant dans la rue.

Le passage de la rue à la scène offre des avantages et des inconvénients : danser dans la rue offre plus de liberté, car le contact avec le public est direct. Sur scène, le rapport avec le public est frontal. La danse doit s'inscrire dans cet espace en prenant en compte les lumières ou la profondeur de la salle. C'est une contrainte, mais en même temps travailler de cette manière m'a beaucoup apporté en me permettant de penser la chorégraphie d'une façon nouvelle.

DaP.fr : Dansiez-vous sur des chorégraphies ou sous forme de battles ?

C'était un peu des deux. Il n'y avait pas de complexité dans l'écriture chorégraphique puisque nous étions aux balbutiements du hip-hop. Nous commencions à travailler sur le rapport à l'autre, sur le rapport à la musique. Mais dans la rue, c'était surtout l'aspect démonstratif et spontané qui primait. Nous apprenions à compter un enchaînement de mouvements pour être dans les temps. Ne venant pas du conservatoire, la première école c'était ça. La rue était notre espace.

DaP.fr : Dans Terrain Vague, vous aviez besoin d'un retour aux sources en participant à votre création. Avez-vous recommencé l'expérience ?

Pendant une dizaine d'années, j'avais mis de côté cette discipline qui est le cirque. Et dans Terrain Vague, j'ai eu envie de revenir à mes premiers amours, car j'avais perdu dans la danse le côté spontané. Participer à cette création m'a permis de retrouver ces sensations.

Ensuite, cela m'a été plus difficile de participer à mes créations en étant à la fois sur scène et chorégraphe. Et l'expérience s'est reproduite de remonter sur scène lors du spectacle "Boxe Boxe". J'ai été boxeur et j'avais ce pari fou de faire se côtoyer la danse et la boxe.

DaP.fr : Pouvez-vous me parler de la compagnie Käfig ? Comment fonctionne-t-elle ?

Au départ, la compagnie Käfig était constituée de copains de quartier. Mais, au fur et à mesure, j'ai dû l'ouvrir à d'autres danseurs car je passais d'un projet à un autre et certains n'étaient pas disponibles. Il y a, bien sûr, toujours un noyau dur de danseurs avec lesquels je travaille régulièrement et qui sont dans tous les spectacles, mais pour des questions d'efficacité je fais passer des auditions. Donc aujourd'hui, tous les danseurs sont intermittents. Mais comme nous avons la chance d'avoir une forte diffusion, cela leur permet de pouvoir vivre de la danse grâce à la compagnie.

Il y notamment Kader Belmoktar qui a intégré la compagnie il y a une dizaine d'années. Petit à petit il a appris à me connaître, à comprendre la manière dont je travaillais. Il est devenu mon assistant. Je peux lui faire entièrement confiance sur certains projets pour le laisser avancer seul. De mon côté cela me permet de faire d'autres choses.

DaP.fr : Vous êtes également conseiller artistique de Pole Pik à Bron. Comment ce lieu a t-il vu le jour ?

J'ai toujours travaillé de manière vagabonde allant d'un théâtre à un autre, et à un moment j'ai eu envie de poser mes valises pour travailler plus sereinement car le danger était que je me fragilise artistiquement. Donc, je me suis rapprochée de la maire de Bron pour lui demander si elle était prête à m'accompagner pour travailler sur l'ouverture d'un espace qui servirait pour la compagnie et également pour développer la danse dans le territoire. Le projet a été accepté et nous y avons travaillé pendant presque huit ans.

Le Pôle Pik qui est implanté au cœur d'un quartier fonctionne un petit peu comme un centre chorégraphique. Il y a deux studios de danse qui permettent d'accueillir dans de bonnes conditions des compagnies qui viennent d'un peu partout, mais également de travailler avec les habitants. C'est un petit peu mon bébé !

DaP.fr : Que signifie Pôle Pik ?

Paul Pic est le nom de la rue où se trouve le lieu. Je voulais garder le nom de la rue pour que lieu soit identifié par les habitants, sauf que je l'ai un peu déformé. Et j'ai mis un "k" à la fin pour faire un clin d'œil au Käfig de la compagnie.

DaP.fr : En tant que chorégraphe, vous êtes amené à faire beaucoup de rencontres. Que vous apportent-elles ?

Ce que je trouve super dans les rencontres, c'est qu'elles me permettent d'apprendre tout le temps de l'autre. Cela change notre regard sur nous, sur la société et tout cela donne envie de le restituer sur un projet. Parfois elles me déstabilisent, me font me remettre en question, mais à chaque fois j'en tire une nouvelle lecture sur le monde et sur les gens. C'est ça qui est passionnant !

DaP.fr : Dix ans après votre adaptation de la fable "Le Chêne et le Roseau" qui retraçait votre parcours en tant que danseur, vous évoquiez votre difficulté à faire évoluer les mentalités par rapport au regard que les gens portaient sur le hip-hop. D'après vous, quelles sont les avancées notables qui ont permis aux hip-hop de ne plus être seulement considéré comme une danse réservée aux jeunes des quartiers défavorisés ?

Ce qui est intéressant par rapport à l'évolution de la danse hip-hop, c'est qu'elle a su faire le passage de la rue à la scène; passer de la démonstration à la création artistique. Mais, en même temps, elle ne s'est pas enfermée dans les théâtres. Le hip-hop est complémentaire entre la rue et la scène.

D'ailleurs, l'on voit aujourd'hui en France de plus en plus de chorégraphes qui viennent du hip-hop et qui proposent des spectacles pour un public plus large. Cette complémentarité fait que le hip-hop grandit d'une manière assez exemplaire.

Le hip-hop ne s'est pas enfermé d'un côté ou de l'autre, il dialogue entre ces deux espaces : la rue et la scène. C'est ce qui fait sa force et qui lui a permis d'intéresser des chorégraphes et de susciter l'intérêt de plus en plus de personnes.

On doit également cette évolution à certains programmateurs qui ont pris des risques en nous accueillant dans leurs théâtres à l'époque. Ils ont cru en cette danse, et cette ouverture nous a permis de rencontrer des artistes autres que ceux appartenant au hip-hop. En tant qu'artistes, cela a ouvert notre vision de ce que pouvait être la danse et l'art en général.

Cette évolution du hip-hop est propre à la France puisque l'on ne voit trop ce phénomène dans d'autres pays.

DaP.fr : Que pensent les "puristes" du hip-hop de votre travail ?

A l'époque cela n'a pas été facile. Lorsque nous avons commencé à mélanger le cirque et le hip-hop, les puristes nous ont tourné le dos.

Aujourd'hui, le regard a énormément changé car les gens de ma génération ont une plus grande maturité. Ils sont prêts, pour la plupart, à travailler d'une autre manière, à bousculer les genres. Bien entendu, il a d'abord fallu passer par de grands débats et parfois même par des crispations mais cela nous a permis d'avancer.

DaP.fr : Ressentez-vous de la pression dans votre travail ?

Oui, la pression je l'ai tout le temps. Je pensais que cela allait s'atténuer avec le temps, mais en fait c'est l'inverse qui se produit. Il y a toujours cette crainte que les spectacles ne plaisent pas au public d'autant plus lorsqu'on voit que celui-ci se fidélise. J'essaie de ne pas trop me surcharger de stress, mais c'est quelque chose qu'il est difficile de maîtriser. Mais c'est un stress moteur, quand il est bien géré. Les chorégraphes sont un peu comme des funambules : on ne sait jamais comment les spectacles seront reçus.

DaP.fr : Quel est le but que vous souhaitez atteindre à travers vos spectacles ?

Cela a été compliqué à mes débuts de se débarrasser de l'image que le hip-hop véhiculait : celle d'une danse réservée aux jeunes des banlieues issus de l'immigration. Le hip-hop n'était pas considéré comme une danse et les gens pensaient que ce courant de mode passerait. Tout ceci était fragilisant mais, en même temps, cela nous a motivés pour démontrer que c'est une danse qui a toute sa place.

Aujourd'hui, j'essaie de faire évoluer cette danse qui est encore jeune en n'hésitant pas à prendre des risques. Je veux faire se mélanger les générations à travers mes spectacles.

DaP.fr : Vous êtes également directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil depuis 2009, quelles sont vos missions ?

Le cahier des charges est que l'outil puisse être visible par les habitants du territoire cristolien et du Val-de-Marne, mais en même temps celui-ci doit rayonner en France et à l'étranger.

Nous mettons en place des projets tels que le marathon de la danse ou d'autres susceptibles d'intéresser les habitants. Mais notre mission ne s'arrête pas là, car nous réfléchissons, par exemple, à la mise en place d'un festival dans l'espoir d'accueillir des artistes et un public venant d'ailleurs. J'essaie d'imaginer avec l'équipe des projets qui donnent envie de venir nous voir et faire en sorte que le CCN soit un espace où le public circule.

DaP.fr : Avez-vous conservé l'équipe qui était précédemment en place lorsque vous êtes arrivé à la direction du CCN de Créteil ?

Quand je suis arrivé au CCN de Créteil il m'a fallut former une nouvelle équipe. Par contre, sur l'équipe artistiques certains sont de grands fidèles comme Yoann Tivoli, pour les lumières, et AS'N pour les musiques.

DaP.fr : Comment sont validés les projets que vous soumettez ?

Deux à trois fois par an se tiennent des Conseils d'Administration où je dois présenter le bilan de ce qui a été fait et parler des perspectives. Ensuite, tous les membres actent les idées que je soumets.

DaP.fr : Existe-t-il des mandats en tant que directeur d'un CCN ?

Oui, c'est nouveau. Pendant très longtemps, il n'y avait pas de délai. Mais récemment le ministère a changé un petit peu tout cela afin qu'il y ait un meilleur roulement en nous présentant de nouvelles directives. Donc, le premier mandant qui dure quatre ans est renouvelable tous les trois ans. Ce qui fait qu'au bout de sept ans, je dois de nouveau proposer ma candidature.

DaP.fr : J'ai pu voir sur le site du CCN de Créteil que vous alliez ouvrir une boutique. Qu'avez-vous l'intention de commercialiser ?

A la fin des représentations, notre public a émis le souhait d'emporter en souvenir des choses telles que des tee-shirts, sacs… Cette boutique sera l'occasion de prolonger le lien avec la compagnie en lui proposant des accessoires.

 

Pour clore cette interview, je donne la parole à Guy Darmet, ancien Directeur de la Maison de la danse à Lyon.

"Ce que j'aime chez Mourad Merzouki, c'est qu'il est un homme de qualité : fidèle, généreux, exigeant, travailleur, ouvert au monde...Il a aussi une capacité extraordinaire à se glisser dans son histoire. C'est à la fois un caméléon, un ensorceleur et un chef d'orchestre ".

 

Je remercie encore infiniment Mourad Merzouki pour sa disponibilité et sa gentillesse.

 

Afin de poursuivre cette rencontre, je vous invite à visiter le site du CCN de Créteil

 

Article de Catherine Jaleran publié le 30/01/2013

Mourad Merzouki - © Michel Cavalca   Mourad Merzouki - © Gilles Aguilar

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