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Conseils sur la préparation physique du danseur avec Nicolas Brunet

Nicolas Brunet

En novembre dernier, j'ai assisté au 1er Forum international Danse et Santé organisé par le Centre National de la Danse. Le but de cet évènement était de faire dialoguer danseurs, responsables de ballet, membres du corps médical, kinésithérapeutes... sur la question de la préparation physique du danseur qui est capitale dans certains pays comparativement à la France.

Afin d'en savoir davantage sur les moyens de prévention qui permettent d'éviter les pathologies dont souffrent fréquemment les danseurs - car des moyens très efficaces existent - je me suis adressée à Nicolas Brunet, kinésithérapeute-ostéopathe et préparateur physique. Rencontre.

 

Bonjour, pouvez-vous nous décrire votre parcours de formation ?

J'ai fait des études de kinésithérapie qui se sont terminées en 2003. Parallèlement à mes études, j'étais gymnaste en Equipe de France de gymnastique jusqu'en 2006. Puis, j'ai suivi durant 5 ans un cursus pour devenir ostéopathe, à la Maison de la Thérapie Manuelle, dont je suis sorti diplômé en 2011.

J'ai également préparé un Brevet d'état d'éducateur sportif option activités gymniques, afin d'approfondir mes connaissances, ainsi qu'un Diplôme universitaire de Préparation physique à la Faculté des Sciences du Sport de Dijon. J'ai choisi cette Université, car Gilles Cometti, fondateur de ce diplôme, avait rédigé des écrits discutables à propos de l’impact  soi-disant néfaste des étirements sur la performance sportive alors que je venais d’une discipline nécessitant souplesse et explosivité. Je trouvais cela intéressant de me confronter à ses théories. J'ai également passé le Brevet d'état des Métiers de la Forme (Fitness).

De 2003 à 2006, j'ai travaillé en tant que kinésithérapeute à l'hôpital National de St Maurice dans le service rééducation fonctionnelle et traumatologique. En 2007, j'ai intégré l'équipe du Centre de traumatologie du sport de la Défense en tant que kinésithérapeute/ostéopathe. Ce centre a été créé par le Docteur Tania Bellot qui est le médecin de l'école de danse de l'Opéra de Paris. C'est grâce à elle que j'ai pu commencer à travailler avec quelques danseurs, aller les observer et transférer les connaissances que j'avais en gymnastique sur la danse. J'ai pris des cours de danse classique pendant deux ans, notamment avec Wayne Byars, à raison d'une fois par semaine afin de m'aider à comprendre le ressenti des danseurs lors des positions. Par exemple, pour l'en-dehors, cela m'a permis de comprendre comment le corps pouvait s'organiser à partir de l’appui, de la position des pieds dans le sol et ainsi d'adapter ma pratique de la kinésithérapie.

J'ai ouvert en 2012 le Centre Santé Sport , qui se trouve dans le 10e arrondissement de Paris, et dans le même temps je suis également  Préparateur physique à l'Opéra de Paris.

Que pouvez-vous apporter aux danseurs par le biais de votre pratique ? Quels sont les bienfaits de la kinésithérapie et de l'ostéopathie ?

Dans mon travail de kinésithérapeute, je fais beaucoup de rééducation, de réapprentissage du geste. Lorsqu'on a une blessure plus ou moins grave, il y a tout un déconditionnement qui fait que l'on perd les facilités à sauter, à tourner. Le travail de rééducation sert à récupérer toutes ces déficiences et parfois corriger des défauts techniques à l’origine des blessures. J'axe mon travail un peu plus loin que ce qui se passe dans un cabinet traditionnel puisque mon objectif est que les danseurs reprennent une activité le plus rapidement possible. Les voir marcher sans douleur n'est pas suffisant pour moi, je veux qu'ils arrivent à faire un saut complet, des pirouettes, etc. C'est vraiment intégrer la réathlétisation dans ma rééducation ; c'est-à-dire le passage entre la vie de tous les jours et la scène. Ce qui est important est de récupérer le niveau d'avant ; c'est pourquoi je prolonge la rééducation pour qu'ils retournent dans les studios de la manière la plus confortable possible et surtout qu'ils ne se blessent pas de nouveau. Dans mes séances de kinésithérapie, il m’arrive d’intégrer quelques techniques d'ostéopathie. Mais l'approche n'est pas tout à fait la même qu’une séance d’ostéopathie, où vous passez 45 minutes avec un patient qui est sur la table.

Vous avez dit que vous faisiez en sorte que les danseurs ne se reblessent pas. Cela passe-t-il par l'apprentissage de gestes ?

Oui, ainsi que par de bonnes techniques d’échauffement, les étirements, la récupération. Généralement les danseurs qui viennent me voir c'est par le bouche-à-oreille et ils savent que nous allons faire tout ce travail ; cela veut dire qu'ils veulent pousser leurs limites pour retourner le plus rapidement sur scène.

Les danseurs viennent-ils vous voir seulement lorsqu'ils sont blessés ?

Oui, principalement. Mais j'ai quelques jeunes danseurs qui viennent en préparation physique.

De quelles pathologies fréquentes souffrent les danseurs et où sont-elles situées ?

Les pathologies concernent principalement le membre inférieur et le dos pour les danseurs classiques. Des entorses de la cheville, des lésions du mollet, des lombalgies. Au cabinet, je soigne des danseurs classiques, modernes , des Circassiens, des danseurs de hip hop. Du coup, la panoplie des blessures est plus vaste.

Est-ce que les pathologies varient en fonction des danses ?

Oui. Par exemple, les danseurs de hip hop qui sont souvent en contrainte sur le membre supérieur ont tendance à souffrir des poignets, des épaules… Alors que les danseurs classiques ont principalement des pathologies du membre inférieur et au dos.

Quelles sont celles liées à la pratique des pointes ?

En général il y a des faiblesses musculaires quand on manque de contrôle ; c'est à dire lorsque les muscles qui encadrent la cheville ne sont pas assez forts. Les pathologies se produisent lors des réceptions de sauts ou avec la fatigue. Les pathologies peuvent également survenir lorsque la surface de travail n'est pas adaptée. Par exemple, à l'Opéra, le nouveau directeur (Benjamin Millepied) a fait changer tous les parquets pour qu'il y ait une meilleure absorption des contraintes.

Sur pointes ou sans pointes, il y a une composante de préparation et de récupération qui n'est pas toujours présente et qui induit des blessures.

Vous êtes préparateur physique à l'Opéra de Paris. En quoi consiste votre travail ?

J'exerce tous les jeudis et un mardi sur deux en alternance avec François-Xavier Ferey qui est le kinésithérapeute-cadre à l'INSEP (Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance). Nous intervenons chacun 3 heures et nous faisons une présence en salle de gymnastique (aucun soin sur table), du travail de rééducation lorsque les danseurs sont  en retour de blessure, du travail de prévention avec du gainage, de la proprioception. Tout ce travail n'est possible que lorsque les danseurs peuvent venir. Cela n'est pas intégré dans leur planning.

Votre avis est que ce travail devrait être inclus dans leur planning 

Oui, je pense que cela devrait faire partie de leur programme, mais les danseurs sont soumis à des contraintes horaires déjà importantes: cours de danse, répétitions, spectacles. Bien entendu  la préparation physique ne doit pas remplacer le programme établi et doit même être au service de la danse. Mais il est vrai que si nous avions un créneau horaire dédié cela permettrait de mieux prévenir les blessures des danseurs.

Faites-vous travailler les danseurs en fonction des chorégraphies ?

Je me renseigne à l'avance sur le programme de l'année. Et lorsque je ne connais pas le ballet, et que celui-ci a déjà été joué, je regarde des vidéos afin de voir quel va être le type de sollicitations pour les y préparer. Mais c'est difficile de les préparer lorsque je ne sais pas à l'avance s'ils vont venir ou pas.

Ce que j'aimerais faire, pour les préparer au mieux, serait de pouvoir quantifier la charge de travail pour la faire augmenter puis diminuer afin qu'ils arrivent en forme comme cela se fait dans le milieu du sport.

En quoi consiste cette préparation physique ?

Aujourd'hui, on fait principalement du travail de gainage. Ce travail de maintien du buste est primordial, car du point de vie biomécanique, dès que vous prenez une impulsion ou que vous tournez, le centre du corps sert d'appui pour le reste du corps. Et, si celui-ci n'est pas tenu, il va se produire une désunion, des défauts techniques avec des sauts qui peuvent être mal maîtrisés ce qui peut entraîner des blessures. Et sur les réceptions, les contraintes au niveau des disques et des processus articulaires sur les vertèbres sont plus importantes.

Nous faisons également du travail de proprioception sur les chevilles. Avec les garçons, nous travaillons le renforcement du buste pour les portés. Avec les filles, nous faisons du travail en appui sur le sol avec les mains lors du gainage ; ce qui renforce la ceinture scapulaire. Ce travail est intéressant en danse contemporaine afin qu'elles aient de la force dans les membres supérieurs au sol et dans les porters. Je travaille également en fonction des demandes des danseurs.

Vous travaillez en longueur avec les danseuses ?

Oui, tout le travail de renforcement se fait en allongement. Je leur fais faire des exercices qui sont adaptés à ce qu'elles font en danse. Il est inutile, par exemple,  de leur faire faire des exercices d'abdominaux avec le dos rond, car elles ne pourraient pas s'en servir en danse, c’est par ailleurs mauvais pour l’équilibre des contraintes sur les disques intervertébraux. Si vous apprenez au muscle à résister dans des positions qui sont difficiles, lorsque vous allez faire une pirouette par exemple, le corps va se servir de cette force et transférer en danse la force acquise en préparation physique. Lors de la préparation, il est souvent nécessaire de faire des choses beaucoup plus compliquées que ce dont on a besoin pour danser, pour progresser.

Travaillez-vous avec les professeurs et les chorégraphes ?

Nous avons peu de contact. J'ai l'impression que culturellement cela ne se fait pas dans le milieu de la danse, même si tout le monde semble demandeur. Mais, en revanche, lorsqu'il y a des professeurs qui passent en salle de musculation et que nous discutons je sens qu'ils sont intéressés. Pour moi, c'est très important d'avoir l'avis du technicien, car cela me permet d'adapter les consignes que je donne aux danseurs afin de me rapprocher le plus de la technique de la danse. Ce sont des moments très enrichissants pour échanger sur les danseurs, leur niveau de forme. J’essaie d’aller voir les spectacles, répétitions et cours de temps en temps.

Je viens du milieu du sport et le système de fonctionnement fait qu'il y a un travail collectif entre les entraîneurs, les préparateurs physiques et les kinésithérapeutes. Je me dis que ce système de fonctionnement, qui est efficace, pourrait être adapté à l'Opéra. Je crois qu’il y a aujourd’hui une réflexion là-dessus.

Quels conseils d'hygiène de vie pourriez-vous donner aux danseurs qui nous lisent ?

Tout d'abord, se coucher tôt. Faire attention à l'alimentation, au repos, et à la récupération. On voit souvent les danseurs partir dès qu'ils ont terminé leur séance alors qu'ils devraient consacrer une demi-heure à la récupération active et au stretching pour attaquer le lendemain dans de bonnes conditions. Cela m’a beaucoup étonné lorsque j’ai pris les cours. Tant que l'on est jeune, tout va bien ! Passé vingt-cinq ans, la composition des muscles évolue un peu et les danseurs qui ne se sont pas préparés à ce changement physique se blessent plus fréquemment. L'échauffement est également très important. Concernant l’alimentation, il est admis qu’il faut une période de 2 heures entre un repas et un cours. Après manger, le système corporel tourne son efficacité vers la digestion, c’est physiologique. L’heure n’est pas à l’action des muscles. Avant une représentation, il faut favoriser une alimentation digeste et connue. Une barre de céréales, une banane peuvent être des encas efficaces dans les situations d’attente. Il faut éviter les sucres rapides (viennoiseries, bonbons) juste avant un cours. La boisson du sportif et donc du danseur est l’eau !

Les danseurs ne sont-ils pas déjà sensés appliquer ces conseils ?

La manière dont est amené le cours de danse classique permet aux danseurs de s'échauffer. Il est progressif et très bien construit avec le passage à la barre puis au milieu. Le début du cours de danse classique ou moderne consiste à répéter des gestes très lentement pour placer le corps. Sauf que je pense que si les danseurs se préparaient physiquement une petite demi-heure avant le cours, ils pourraient commencer avec les mêmes exercices, mais avec une attention un peu plus précise sur les gestes et un engagement un peu plus important. Si on fait ce travail sans attention, parce que l'on pense encore à sa journée ou ses problèmes, on perd ce travail profond qui permet d'éviter les blessures.

Une question qui fait débat: l'âge de la montée sur pointes. Quel est votre avis à ce sujet ?

J’ai soigné plusieurs jeunes danseuses, mais pas pendant le début d’apprentissage des pointes. D’autres pourront répondre mieux que moi à la question de l’âge. Il y a des danseuses qui ont des coups de pied plus ou moins forts. Si le coup de pied est trop fort et que l'on va au-delà ça ne convient pas, s'il est trop raide cela va créer des pathologies. Il y a vraiment un compromis entre souplesse du pied et tonicité-endurance musculaire pour stabiliser les articulations. En tout cas il faut que le pied se fasse à la contrainte du chausson.

Il arrive réellement à s'y faire ?

Quand les danseuses de l'Opéra de Paris reviennent après blessure, des vacances ou une grossesse, c'est vrai que la reprise de la pointe est un peu dure. Le pied oublie et progressivement à force de mettre les chaussons le «pied se fait». Elles vont  régulièrement chez le pédicure pour des soins afin d'améliorer la qualité du pied.

D'après ce que j'entends, il semblerait que les pieds des danseuses sont vraiment très abîmés ? Est-ce vraiment le cas ?

C'est très variable ! Certains sont effectivement très abîmés et auquel cas les danseuses n'aiment pas les montrer.

Avez-vous une préférence entre la kinésithérapie et l'ostéopathie ?

C'est un peu par période, mais les deux me plaisent énormément !  Autant le travail au calme, dans une pièce, avec un patient permet un travail plus fin sur les techniques autant le travail de kinésithérapie permet de transmettre des informations en expliquant aux gens comment bien s’échauffer, s’étirer, corriger des positions par exemple. D'ailleurs, sur notre site, nous mettons à disposition des fiches d'exercices pour renforcer la paroi musculaire.

D'après ce que je vois sur les fiches d'entraînement que vous avez réalisé, vous proposez du TRX. En quoi cela consiste-t-il ?

Le travail, qui se fait en suspension au moyen de sangles, permet de faire des exercices avec peu de matériel. L'instabilité des sangles nécessite un gainage plus important. En fait, à charge équivalente (le poids de votre corps) vous avez un recrutement musculaire bien supérieur. Vous allez réussir à avoir une sollicitation musculaire importante, sans mettre trop de contraintes, par rapport à du travail de musculation classique où il vous faudra mettre plus de charges pour arriver au même résultat ; d'où peuvent s'ensuivre des risques de pathologies. Tout ce travail avec le TRX permet de travailler finement sur le positionnement. 

 

Merci Nicolas Brunet !

 

Pour contacter le Centre Santé Sport :

  • Adresse: 16 boulevard Saint-Denis - 75010 Paris
  • Tel: 09 67 23 02 65

 

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Article de Catherine Jaleran publié le 09/03/2015

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